Autel familial du Día de Muertos à Oaxaca : pain de muerto, fruits, fleurs de cempasúchil orange et nappe brodée sous un papel picado

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Día de Muertos : la cuisine de la fête des morts en Amérique latine

Chaque année, autour des 1er et 2 novembre, une bonne partie de l'Amérique latine attend le retour de ses morts. Et on ne les accueille pas les mains vides : on leur cuisine ce qu'ils aimaient, on pose leur assiette sur un autel, puis on mange ensemble ce qu'ils ont « goûté ». Au Mexique, c'est le pan de muerto et les tamales. Au Guatemala, un plat qui n'existe qu'un jour par an. En Équateur, une boisson violette et des pains en forme de bébé. Tour d'horizon d'une fête qui se célèbre d'abord à table, avec un menu pour la reproduire chez soi.

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Photo : Thayne Tuason — CC BY 4.0

Une fête pour accueillir les morts, pas pour les craindre

Le principe est le même partout : pendant quelques heures, les défunts reviennent visiter les vivants, et il faut les recevoir comme des invités. Au Mexique, la tradition réserve généralement le 1er novembre aux enfants disparus, les angelitos, et le 2 novembre aux adultes, même si selon les régions la fête s'étend dès la fin octobre. Ces dates ne doivent rien au hasard : ce sont celles de la Toussaint et du jour des Morts catholiques, les mêmes qu'en France.

C'est là que commence le débat sur ses origines. L'UNESCO, qui a inscrit en 2008 les « fêtes indigènes dédiées aux morts » du Mexique au patrimoine culturel immatériel de l'humanité (après une première proclamation en 2003), y voit la fusion de rites préhispaniques et de la liturgie catholique. Les Aztèques honoraient bien leurs morts à cette période de l'année, avec des offrandes de nourriture, notamment lors du mois rituel de Quecholli. Mais plusieurs historiens nuancent fortement cette filiation : l'anthropologue américain Stanley Brandes décrit la fête actuelle comme une invention largement coloniale, et fait remarquer que ses aliments emblématiques (pain de blé, sucre, beurre, œufs) sont tous arrivés d'Europe après la Conquête. La réponse honnête est donc : un fond indigène réel, une forme en grande partie espagnole.

Quand la fiction crée la tradition : le grand défilé de squelettes qui ouvre le film 007 Spectre (2015), tourné à Mexico, n'existait pas. Il a tellement marqué les esprits que la ville a organisé le premier vrai défilé l'année suivante, le 29 octobre 2016, devant environ 250 000 personnes. Il est depuis devenu un rendez-vous annuel.

La table de l'ofrenda : ce qu'on cuisine pour les morts

L'ofrenda est l'autel dressé à la maison, et parfois sur la tombe, pour recevoir le défunt. On y trouve sa photo, des bougies pour éclairer son chemin, du papel picado (papier de soie découpé) et des brassées de cempasúchil, la rose d'Inde, dont le nom nahuatl signifie « vingt fleurs » et dont on dit que la couleur et l'odeur guident les âmes jusqu'à la maison. Mais l'essentiel de l'autel se mange. Comme le résume l'UNESCO, les familles y déposent « les plats préférés du défunt ».

  • Le pan de muerto : une brioche ronde à la fleur d'oranger et à l'anis, surmontée d'os croisés en pâte et d'une petite boule qu'on dit figurer le crâne. Son origine est elle aussi discutée : les institutions mexicaines la rattachent volontiers à des offrandes préhispaniques, mais la plupart des historiens y voient un descendant des pains votifs que l'Espagne, le Portugal ou la Sicile préparaient pour la Toussaint. Environ huit foyers mexicains sur dix en achètent pour les 1er et 2 novembre.
  • Les calaveras de azúcar : des crânes en sucre moulé, décorés de glaçage coloré, sur lesquels on écrit le prénom d'un proche, mort ou vivant, pour le lui offrir. Ils relèvent de l'alfeñique, une technique de sucre travaillé née dans l'Espagne arabe (al-Andalus) et arrivée au Mexique avec la colonisation.
  • Les tamales et le mole : les deux grands plats de fête du Mexique, et ceux qu'on retrouve le plus souvent sur les autels. Les tamales figuraient déjà parmi les offrandes aztèques.
  • La calabaza en tacha : des morceaux de courge confits dans un sirop de piloncillo (sucre de canne brut) et de cannelle. Son nom viendrait des tachos, les grands chaudrons de cuivre des sucreries coloniales dans lesquels on la faisait cuire.
  • Les boissons : un verre d'eau pour la soif du voyage, de l'atole (boisson chaude épaissie à la farine de maïs), et souvent l'alcool que le défunt appréciait, tequila, mezcal ou pulque.

Pays par pays : la fête des morts ailleurs en Amérique latine

Le Día de Muertos mexicain est le plus connu, mais il n'est pas seul. Partout où la Toussaint catholique a rencontré des cultes indigènes des ancêtres, la fête a pris une forme locale, et presque toujours un plat qui lui est propre.

Mexique : un pain différent dans chaque région

Le pan de muerto à os croisés et sucre blanc est celui de Mexico et du centre du pays, mais chaque région a le sien. À Oaxaca, le pan de yema, très riche en jaunes d'œufs, porte un petit visage en pâte colorée planté dans la mie. Au Michoacán, le pan de hule est glacé et brillant. Dans la région de Puebla, les pains prennent une forme humaine, recouverts de sucre blanc pour les autels des enfants et de sucre rouge pour ceux des adultes. Le pozole et le pipián complètent souvent la table familiale.

Guatemala : le fiambre et les cerfs-volants géants

Au Guatemala, le 1er novembre porte un nom de plat : le fiambre, une immense salade froide qu'on ne prépare qu'une fois par an. Charcuteries, viandes, poulet, fromages, olives et légumes marinés, mais aussi des produits mésoaméricains comme la fleur de pacaya ou les épis de maïs miniatures, s'y superposent dans un bouillon vinaigré. Les recettes familiales comptent couramment plus d'une quarantaine d'ingrédients, et certaines approchent la centaine ; il faut plusieurs jours pour tout préparer. Son origine reste floue. Selon la légende la plus répandue, les familles apportaient chacune au cimetière le plat préféré de leurs défunts, et ces plats auraient fini par se mélanger en un seul. On le trouve en tout cas décrit dès le milieu du XIXe siècle, dans les chroniques de mœurs de l'écrivain José Milla.

Le même jour, à Sumpango et Santiago Sacatepéquez, des cerfs-volants géants de papier et de bambou, les barriletes, s'élèvent au-dessus des cimetières pour relier les vivants et les morts. Leur technique de fabrication est inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis décembre 2024. Côté douceurs, on retrouve le chilate et les plátanos en mole, autres classiques des tables de fête guatémaltèques.

Salvador : la Calabiuza et l'ayote en miel

Le 1er novembre, à Tonacatepeque, près de San Salvador, les personnages de la mythologie salvadorienne (le Cipitío, la Siguanaba, le prêtre sans tête) défilent dans les rues à la lueur des torches : c'est la Calabiuza, veille du jour des Défunts, que la presse locale surnomme parfois le « Halloween salvadorien ». Les habitants y préparent de grandes quantités d'ayote en miel, de la courge cuite dans un sirop de panela et de cannelle, cousine de la calabaza en tacha mexicaine, qu'ils distribuent aux passants. Les enfants la réclament en chantant : « Ángeles somos y del cielo venimos pidiendo ayote para nuestro camino » (« Nous sommes des anges, nous venons du ciel et demandons de l'ayote pour notre chemin »).

Équateur : colada morada et guaguas de pan

En Équateur, le 2 novembre, jour des Défunts, a son duo inséparable. La colada morada est une boisson épaisse et violette à base de farine de maïs violet, de mûres, de mortiño (une petite myrtille andine), d'ananas, de naranjille et d'aromates (cannelle, clou de girofle, citronnelle, ishpingo). On l'accompagne de guaguas de pan, des petits pains en forme de bébé emmailloté (wawa signifie « bébé » en quechua), souvent décorés de glaçage coloré. Elle est souvent présentée comme la préparation la plus consensuelle de toute la gastronomie équatorienne. Ses racines seraient préhispaniques, liées aux rites funéraires andins ; la colonisation l'a ensuite intégrée au calendrier catholique, et le pain de blé des guaguas a remplacé les galettes de courge qu'on préparait auparavant.

Bolivie : Todos Santos, les t'antawawas et les Ñatitas

En Bolivie, la tradition de Todos Santos fixe l'arrivée des âmes à midi, le 1er novembre, pour un séjour de vingt-quatre heures. Les familles dressent pour elles une mesa à plusieurs niveaux, garnie des plats et boissons préférés du défunt, de feuilles de coca et de fleurs. Au sommet trônent des pains aux formes symboliques : des échelles pour que l'âme puisse descendre du ciel puis y remonter, des chevaux, des lamas, des croix, et surtout les t'antawawas, pains en forme de bébé ou de personnage qui représentent l'esprit du défunt (en aymara, t'anta signifie « pain » et wawa « bébé »). Des cannes à sucre dressées aux coins de la table servent de bâtons de marche aux âmes fatiguées par le voyage. Selon la tradition aymara, on dresse cette table trois années de suite après un décès. Le 2 novembre à midi, on raccompagne les âmes au cimetière.

Une semaine plus tard, le 8 novembre, La Paz célèbre la fête des Ñatitas : les familles qui conservent le crâne d'un défunt le couronnent de fleurs et lui offrent cigarettes et feuilles de coca en remerciement de sa protection.

Pas besoin d'être mexicain pour s'approprier la fête : le 1er novembre tombe le jour de la Toussaint, où beaucoup de familles françaises se retrouvent déjà. Voici un menu pour 6 personnes, entièrement faisable avec les recettes du site, et le planning qui va avec.

Le planning

  • La veille : préparez le mole, qui se conserve plusieurs jours au réfrigérateur, comme la plupart des sauces mijotées. Si vous choisissez les tamales, montez-les et cuisez-les à la vapeur : ils se réchauffent très bien, 15 à 20 minutes à la vapeur le jour même. Mettez aussi le riz de l'horchata à tremper pour la nuit.
  • Le jour même, le matin : lancez le pan de muerto, qui demande environ 4 heures dont près de 3 heures de pousse, pendant lesquelles vous êtes libre.
  • Une heure avant le repas : réchauffez le plat, sucrez les pains encore tièdes et dressez une petite ofrenda : une photo, une bougie et quelques fleurs orange.

Trouver des fleurs de cempasúchil en France : c'est la rose d'Inde (Tagetes erecta), vendue en jardinerie sous ce nom ; à défaut, les œillets d'Inde, ses cousins aux fleurs plus petites, donnent la même touche orange. Les chrysanthèmes de la Toussaint jouent chez nous exactement le même rôle : des fleurs de saison, posées pour les morts au même moment de l'année.

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Questions fréquentes sur le Día de Muertos

Le Día de Muertos est-il le Halloween mexicain ?

Non. Halloween, le 31 octobre, vient du monde anglo-saxon et joue sur la peur. Le Día de Muertos, surtout les 1er et 2 novembre, est une fête familiale qui accueille le retour des défunts autour de leurs plats préférés : les squelettes y sont joyeux, pas effrayants.

Que met-on sur une ofrenda du Día de Muertos ?

Une photo du défunt, des bougies, des fleurs de cempasúchil, du papel picado, un verre d'eau et surtout de la nourriture : pan de muerto, crânes en sucre, fruits, et les plats que la personne aimait, souvent des tamales ou du mole.

Quand mange-t-on le pan de muerto ?

Surtout les 1er et 2 novembre, mais les boulangeries le vendent dès la fin de l'été dans certaines régions et jusqu'à la mi-novembre. On le mange en famille, souvent trempé dans un chocolat chaud.

Le Día de Muertos est-il une fête préhispanique ?

En partie seulement. L'UNESCO y voit une fusion de rites indigènes et de la Toussaint catholique ; certains historiens, comme Stanley Brandes, soulignent que ses aliments emblématiques sont arrivés d'Europe et que sa forme actuelle est largement coloniale.

Où trouver des fleurs de cempasúchil en France ?

Le cempasúchil est la rose d'Inde (Tagetes erecta), vendue en jardinerie. À défaut, les œillets d'Inde donnent la même touche orange.

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