Bière versée dans une chope givrée au bord salé et pimenté, sur une table de restaurant mexicain

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Les bières d'Amérique latine

De la cantina de Mexico au boteco de São Paulo, la bière est la boisson alcoolisée la plus bue d'Amérique latine — loin devant le vin, la cachaça ou le rhum. Presque toujours une blonde légère, servie si froide que la bouteille se couvre de givre, et presque toujours liée à une identité : on est de Quilmes ou de Brahma, de Cristal ou de Pilsen Callao, comme on est d'un club de football. Cette page raconte d'où vient cette culture brassicole — des bières de maïs précolombiennes aux brasseurs allemands du XIXe siècle — puis passe en revue, pays par pays, les bières les plus réputées du continent.

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Photo : Scott Dexter — CC BY-SA 2.0

Avant la bière : les bières de maïs précolombiennes

Bien avant l'arrivée des Espagnols, l'Amérique fermentait déjà des céréales. Dans les Andes, la chicha de jora est une authentique bière de maïs : on fait germer les grains pour libérer leurs sucres, on extrait le moût, on le fait bouillir puis fermenter plusieurs jours dans de grandes jarres de terre. Une technique plus ancienne encore, la chicha de muko, remplace le maltage par la mastication du maïs : la ptyaline de la salive transforme l'amidon en maltose. Sous l'Empire inca, la chicha était une boisson rituelle et politique — on a retrouvé des installations de production à Machu Picchu, et les aqlla wasi, « maisons des élues », formaient des femmes à la brasser. Elle se boit encore au Pérou, en Bolivie, en Équateur et en Colombie.

Au nord du continent, les Rarámuri (Tarahumaras) de la Sierra Madre brassent le tesgüino selon un principe comparable : maïs germé, broyé, bouilli pendant environ huit heures avec un ferment végétal — graines, écorces, feuilles ou lichens selon les vallées — puis laissé fermenter trois jours. La tesgüinada, la réunion où on le boit, structure encore la vie sociale et religieuse ; l'anthropologue John Kennedy estimait qu'un Tarahumara consacre en moyenne au moins cent jours par an à ce breuvage, à le préparer, le boire ou s'en remettre.

À ne pas confondre : le pulque mexicain n'est pas une bière. C'est la sève fermentée de l'agave maguey — ni céréale, ni maltage, ni houblon. Chicha et tesgüino, eux, sont bien des bières au sens technique du terme.

1544 : la première brasserie des Amériques

La bière d'orge arrive avec la colonisation, et par une voie administrative précise. Le 6 juillet 1542, à Nájera, l'empereur Charles Quint signe une cédule autorisant un colon espagnol, Alonso de Herrera, à brasser en Nouvelle-Espagne — à condition que la Couronne perçoive un tiers des bénéfices. Le vice-roi Antonio de Mendoza confirme l'autorisation le 12 décembre 1543, et la brasserie ouvre l'année suivante, en 1544, près de Mexico : c'est la première brasserie de style européen du continent américain. Herrera fait venir des brasseurs flamands avec leurs cuves et leur matériel, et obtient des terres pour y cultiver du houblon.

L'entreprise ne prospère pas. Le vin, puis les alcools de canne, mieux adaptés au transport et à la fiscalité coloniale, dominent les trois siècles suivants ; la bière reste un produit marginal et souvent importé. Il faudra l'indépendance, l'immigration européenne et surtout la machine à froid pour que le continent devienne le territoire de lagers qu'il est aujourd'hui.

Le XIXe siècle : les brasseurs allemands fondent les grandes marques

Presque toutes les bières emblématiques d'Amérique latine remontent à la même séquence : une vague d'immigration allemande, alsacienne ou suisse, entre 1850 et 1900, et des familles de brasseurs qui montent des usines dans les nouvelles villes industrielles. Le Chili ouvre le bal dès 1850 avec la brasserie de Joaquín Plagemann à Valparaíso, ancêtre de la CCU (constituée en société en 1902). Le Brésil voit apparaître ses premières brasseries dans les années 1830, puis Antarctica et Brahma dans les années 1880. La Bolivie fonde la Cervecería Boliviana Nacional le 20 octobre 1886 à La Paz ; le Guatemala, la Cervecería Centro Americana le 3 février de la même année ; l'Équateur, la Cervecería Nacional en 1887 dans le quartier de Las Peñas à Guayaquil. La Colombie suit le 4 avril 1889, quand l'Allemand Leo Siegfried Kopp fait enregistrer à Bogotá le terrain de la future Bavaria — dont l'aigle impérial allemand est déposé comme marque en 1891. Le Mexique fonde la Cervecería Cuauhtémoc à Monterrey en 1890 (premier fût en 1893), et l'Argentine met en production la brasserie de Quilmes le 31 octobre de la même année.

Un détail technique explique ce calendrier : la lager exige du froid. L'Alsacien Emilio Bieckert, fondateur de la première brasserie commerciale d'Argentine, a dû construire la première usine de glace du pays pour pouvoir fermenter à basse température. Au Pérou, la logique est encore plus limpide : Jacobo Backus et Howard Johnston ouvrent en 1876 une fabrique de glace dans le quartier de Rímac, à Lima — ce n'est qu'en 1879 qu'ils la convertissent en brasserie, la future Backus y Johnston.

Un héritage est souvent invoqué, celui de la lager viennoise ambrée, que le bref Second Empire mexicain de Maximilien Ier (1864-1867) aurait introduite via le brasseur personnel de l'empereur, et dont Negra Modelo, Dos Equis Ámbar ou Bohemia seraient les descendantes. La filiation est plausible et souvent répétée ; elle reste difficile à documenter précisément. Il est plus prudent d'y voir l'effet général d'une immigration germanophone continue tout au long du siècle qu'un héritage direct d'une cour éphémère.

Pourquoi la bière latino-américaine est blonde, légère et glacée

Le goût dominant du continent est remarquablement homogène : une lager blonde, claire, faiblement houblonnée, autour de 4,5 à 5 % d'alcool, souvent allégée par du maïs ou du riz en plus de l'orge maltée. Au Brésil, les lagers standard pèsent encore environ 98 % du marché. Deux forces expliquent cette convergence. L'héritage technique, d'abord : ce sont des brasseurs de tradition germanique qui ont installé les usines, donc de la fermentation basse et non des ales britanniques. Le climat, ensuite : sous les tropiques, une bière désaltérante bue très froide l'emporte sur une bière de dégustation.

D'où une obsession partagée pour la température de service. Au Brésil, on réclame la bière estupidamente gelada, « stupidement glacée », et les grandes bouteilles de 600 ml circulent dans des seaux de glace ou des manchons isothermes plutôt que de rester sur la table. Au Venezuela, la tercio — petite bouteille de 222 ml — existe précisément pour qu'on finisse sa bière avant qu'elle ne tiédisse. Et en République dominicaine, une Presidente se commande bien fría, dans une bouteille sortie du congélateur et couverte de givre.

Une bière, un pays, une identité

Dans la plupart des pays d'Amérique latine, une marque a été transformée en emblème national, bien au-delà du produit. Quilmes habille son étiquette du bleu ciel et blanc de l'Argentine et sponsorise la sélection de football. L'aigle d'Águila et le coq de Gallo sont des icônes graphiques colombienne et guatémaltèque. Au Costa Rica, l'aigle d'Imperial se porte en tee-shirt. Cette appropriation est d'autant plus frappante que la propriété des marques, elle, est massivement passée à deux groupes mondiaux : AB InBev (via Ambev, Grupo Modelo, Bavaria, Backus, La Constancia…) et Heineken (Cuauhtémoc Moctezuma, Barú-Panamá, participation dans la CCU chilienne). Les rivalités locales, elles, ont survécu intactes : au Pérou, on est de Cristal ou de Pilsen Callao ; en Uruguay, de Pilsen ou de Patricia ; au Nicaragua, de Toña ou de Victoria — souvent sans savoir que les deux sortent aujourd'hui de la même brasserie.

Combien de bière boit-on en Amérique latine ?

Selon l'enquête annuelle du groupe japonais Kirin portant sur l'année 2024, le Panama est le plus gros buveur du continent avec 86,1 litres par habitant et par an, ce qui le place au 11e rang mondial. Le Mexique suit de près avec 83,4 litres (12e), devant le Brésil (70,3 litres, 21e) et Porto Rico (61,8 litres, 31e). L'Argentine, elle, reste nettement en retrait, autour de 33 litres : le vin y garde une place que la bière n'a jamais prise.

En volume absolu, le classement change complètement : le Brésil est le troisième marché mondial de la bière derrière la Chine et les États-Unis, et le Mexique était en 2022 le premier exportateur mondial, porté par Corona et Modelo Especial. Un chiffre donne la mesure du rôle social de la boisson : pendant les quatre jours du Carnaval brésilien, le pays consomme environ 400 millions de litres de bière, soit près de 4 % de sa production annuelle.

Les bières réputées d'Amérique latine, pays par pays

Vingt pays, vingt panthéons. Voici les marques que l'on trouve partout sur place, celles qui portent une identité régionale, et les brasseries qui les produisent.

Les bières du Mexique

  • Corona Extra — lancée par Grupo Modelo en 1925, c'est la bière latino-américaine la plus connue au monde, blonde très légère servie avec un quartier de citron vert. Particularité juridique : AB InBev possède la marque partout sauf aux États-Unis, où les droits appartiennent à Constellation Brands.
  • Modelo Especial — sœur de Corona, née la même année 1925, plus ronde et plus maltée, reconnaissable à sa canette dorée.
  • Negra Modelo — 1926, la grande brune ambrée de style viennois, compagne classique du mole et des plats en sauce.
  • Victoria — brassée à Toluca depuis 1865, c'est la plus ancienne marque mexicaine encore produite sans interruption ; Modelo rachète les actifs de la brasserie de Toluca en 1935.
  • Pacífico — née de la Gran Cervecería del Pacífico, fondée le 14 mars 1900 à Mazatlán (Sinaloa) par des immigrés allemands, et rachetée par Grupo Modelo en 1954. La bière du port et de la côte pacifique.
  • Tecate — 1943, en Basse-Californie : la canette que l'on boit avec du sel et du citron.
  • Carta Blanca — la bière d'origine de la Cervecería Cuauhtémoc, fondée à Monterrey en 1890.
  • Bohemia, Indio, Sol, Dos Equis — le portefeuille historique de Cuauhtémoc Moctezuma, passé sous pavillon Heineken en 2010. Sol apparaît dès les années 1890 sous le nom El Sol ; Dos Equis vient de la brasserie Moctezuma, fondée près d'Orizaba par le brasseur allemand Wilhelm Hasse.

Les bières du Brésil

  • Skol, Brahma, Antarctica — le trio de tête du pays. Brahma et Antarctica naissent toutes deux dans les années 1880 et fusionnent en 1999 pour former Ambev, qui contrôle aujourd'hui environ 70 % du marché brésilien.
  • Bohemia — produite à Petrópolis (Rio de Janeiro) depuis 1853 : elle revendique le titre de plus ancienne bière brésilienne encore brassée.
  • Original — la lager pur malt d'Ambev, référence des botecos pour ceux qui trouvent Skol trop légère.
  • Itaipava — lancée le 29 juillet 1994 par le Grupo Petrópolis (fondé en 1993), principal challenger indépendant des deux géants.
  • Eisenbahn, Colorado, Baden Baden — la vitrine artisanale du pays, aujourd'hui dans les mains de grands groupes. DaDo Bier, ouverte en 1995, fut la première brasserie artisanale brésilienne.

Vocabulaire indispensable : au Brésil, le chopp désigne la bière pression non pasteurisée, servie en petits verres qu'on renouvelle sans cesse — à distinguer de la cerveja en bouteille.

Les bières d'Argentine

  • Quilmes — la bière nationale. La société est fondée en 1888 par l'Allemand Otto Bemberg et son fils, la brasserie entre en production le 31 octobre 1890 dans la ville de Quilmes, choisie pour la qualité de son eau et sa desserte ferroviaire. La Quilmes Clásica titre 4,9 %.
  • Brahma — brassée localement, elle dispute la première place à Quilmes dans les ventes.
  • Schneider, Imperial, Isenbeck — le camp d'en face, celui de la CCU, deuxième acteur du pays.
  • Andes — la fierté de Mendoza, au pied de la cordillère.
  • Patagonia — la gamme premium inspirée du Sud, qui a popularisé les styles ambrés et les IPA auprès du grand public.
  • Bieckert — nom historique : la première brasserie commerciale du pays, fondée par l'Alsacien Emilio Bieckert (1837-1913).

L'Argentine est aussi le pays le plus « artisanal » du continent : on y comptait environ 4 000 microbrasseries en 2019, avec Bariloche et les provinces de Río Negro et Neuquén — terres d'immigration allemande et suisse — comme épicentre.

Les bières du Pérou

  • Cristal — la plus vendue du pays, blonde légère du groupe Backus.
  • Pilsen Callao — sa rivale historique, marque de la Compañía Nacional de Cerveza fondée en 1863, passée sous contrôle de Backus en 1994. À Lima, le choix entre Cristal et Pilsen tient lieu de déclaration d'appartenance.
  • Cusqueña — la premium de Cusco, plus maltée, déclinée en negra et en version au maïs violet ; elle rejoint Backus avec le rachat de Cervesur en 2000.
  • Arequipeña, Trujillo, San Juan — les marques régionales d'Arequipa, de Trujillo et de l'Amazonie, toujours très défendues localement.

La maison mère, Backus y Johnston, commence en 1876 comme fabrique de glace ouverte à Rímac par Jacobo Backus et Howard Johnston, avant sa conversion en brasserie en 1879. Elle appartient à AB InBev depuis l'absorption de SABMiller.

Les bières de Colombie

  • Águila — la plus vendue du pays, lancée en 1913 par la Cervecería Barranquilla y Bolívar et entrée dans le portefeuille de Bavaria en 1968. La bière de la côte caraïbe et du vallenato.
  • Póker — lancée en 1929 par la Fábrica Colombiana de Cervezas, longtemps la bière du sud-ouest du pays avant de s'imposer nationalement.
  • Club Colombia — née en 1949, première bière premium du portefeuille Bavaria, déclinée en dorada, roja et negra.
  • Costeña, Costeñita, Pilsen — la Costeñita, minuscule bouteille de la côte, se boit par séries ; Pilsen est la bière d'Antioquia et de Medellín.
  • Bogotá Beer Company, 3 Cordilleras — les deux noms qui ont ouvert la voie à la bière artisanale colombienne.

Toutes ces marques appartiennent à Bavaria, fondée le 4 avril 1889 à Bogotá par l'immigré allemand Leo Siegfried Kopp, aujourd'hui filiale d'AB InBev.

Les bières du Chili

  • Cristal — lancée par la CCU en 1977, c'est la bière la plus vendue du pays.
  • Escudo — l'autre grande lager de la CCU, au blason emblématique.
  • Austral — fondée en 1896 à Punta Arenas, la brasserie la plus australe du monde ; sa Calafate Ale, à la baie de Patagonie, est une curiosité à goûter sur place.
  • Kunstmann — née en 1991 à Valdivia, ville de colonisation allemande, elle a fait connaître les styles bock et ale au Chili avant de rejoindre la CCU en 2002.

La CCU descend de la première brasserie chilienne, ouverte à Valparaíso en 1850 par Joaquín Plagemann ; elle est aujourd'hui contrôlée conjointement par le groupe chilien Quiñenco et par Heineken.

Les bières du Venezuela

  • Polar — bien plus qu'une bière, une institution. La Cervecería Polar démarre le 14 mars 1941 à Antímano, dans l'ouest de Caracas ; en 1943, le maître-brasseur Carlos Roubicek fait basculer la recette vers le style pilsen qui fera son succès. La Polar Pilsen titre 4,5 %, et la tercio — petite bouteille consignée de 222 ml — est son format signature.
  • Regional, Zulia — les marques de la Cervecería Regional, ancrées à Maracaibo et dans l'État de Zulia.

Les bières de Bolivie

  • Paceña — la bière de La Paz, brassée en haute altitude, et la plus vendue du pays.
  • Huari — la premium du même groupe. Elle tire son nom et son eau du village de Santiago de Huari, au bord du lac Poopó (département d'Oruro), où elle est encore brassée avec l'eau des sources locales.
  • Taquiña (Cochabamba) et Ducal (Santa Cruz) — deux fiertés régionales solidement installées.

Toutes sortent de la Cervecería Boliviana Nacional, née le 20 octobre 1886 de la fusion, à La Paz, de la Cervecería Nacional et de la Cervecería Americana.

Les bières d'Équateur

  • Pilsener — lancée en 1913, c'est la bière la plus vendue d'Équateur, indissociable de la côte et de Guayaquil.
  • Club Premium — créée en 1966, positionnée haut de gamme, avec une identité plus urbaine.

Les deux appartiennent à la Cervecería Nacional, fondée en 1887 dans le quartier de Las Peñas, à Guayaquil, sur les rives du Guayas ; elle est aujourd'hui dans le giron d'AB InBev.

Les bières d'Uruguay

  • Pilsen — créée en 1866 par l'Allemand Conrado Niding, c'est la plus ancienne marque du pays.
  • Patricia — arrivée sur le marché en 1947, elle s'est imposée comme la grande rivale de Pilsen.
  • Norteña — lancée elle aussi en 1947 par la brasserie de Paysandú, rachetée par Ambev en 2003.
  • Zillertal — la marque au nom tyrolien, complément premium de la gamme.

La production industrielle uruguayenne est concentrée dans les Fábricas Nacionales de Cerveza, aujourd'hui filiale d'Ambev.

Les bières du Paraguay

  • Pilsen — créée le 12 octobre 1912, c'est la plus ancienne marque de bière paraguayenne, et la référence du pays.
  • Brahma — brassée localement, elle est l'autre grand nom des tables paraguayennes.

Dans un pays où le tereré glacé rythme déjà la journée, la bière se boit selon la même logique : très froide, en groupe, et partagée.

Les bières de Cuba

  • Cristal — blonde légère à 4,9 %, « la preferida », celle des plages et des terrasses.
  • Bucanero — « la fuerte » : 5,4 %, plus maltée, plus ronde, au pirate sur l'étiquette.
  • Hatuey — créée en 1930 par la division brassicole de Bacardí à Santiago de Cuba et baptisée du nom du cacique taïno Hatuey ; elle fut, avant la Révolution, la grande rivale de Cristal et de Polar.

Cristal et Bucanero sont brassées à Holguín par la Cervecería Bucanero S.A., coentreprise dont Ambev a acquis 50 % en janvier 2014, l'État cubain conservant l'autre moitié.

Les bières de République dominicaine

  • Presidente — pilsner lancée en 1935 à Santiago de los Caballeros par la Cervecería Nacional Dominicana. C'est l'un des symboles les plus exportés de l'île ; on la sert glacée, dans de grandes bouteilles que l'on partage.
  • Bohemia Especial — l'autre marque de la maison, positionnée en premium.

La Cervecería Nacional Dominicana, fondée en 1929, est majoritairement détenue par Ambev depuis 2012, aux côtés du groupe dominicain León Jimenes.

Les bières de Porto Rico

  • Medalla Light — lancée en 1980, première bière légère produite sur l'île, dans le sillage des Jeux panaméricains organisés à San Juan cette année-là. C'est aujourd'hui la bière portoricaine par excellence, bue dans sa petite canette.
  • India — le premier produit de la maison, sorti en octobre 1938.

Leur brasserie, la Compañía Cervecera de Puerto Rico, a été fondée le 2 novembre 1937 à Mayagüez par les frères Valdés Cobián ; longtemps appelée Cervecería India, elle a repris son nom d'origine en 2009.

Les bières du Guatemala

  • Gallo — lancée en 1896 sous le nom austère de « Lager Bier ». Les clients, butant sur la prononciation, la demandaient par son étiquette : « una Gallo », une coq. Le surnom est resté et la marque est devenue un emblème national. Elle titre 5 %.
  • Cabro, Dorada, Monte Carlo, Victoria — le reste de la gamme, de la légère à la premium.
  • Moza — la brune de la gamme, rare écart dans un pays de blondes.

Toutes viennent de la Cervecería Centro Americana, fondée le 3 février 1886 par les frères Mariano et Rafael Castillo Córdova — l'une des rares grandes brasseries du continent restées aux mains d'une famille locale.

Les bières du Salvador

  • Pilsener — présente sur le marché salvadorien depuis 1906, c'est la marque identitaire du pays.
  • Suprema — la premium de la gamme, plus maltée.
  • Regia, Golden Light — les deux autres piliers de la gamme d'Industrias La Constancia.
  • Cadejo Brewing Company — la référence artisanale locale, baptisée d'après la créature du folklore centraméricain.

Les bières du Honduras

  • Salva Vida — la plus emblématique du pays, présente depuis 1916.
  • Imperial — la brune de la maison, à ne pas confondre avec l'Imperial costaricienne.
  • Barena — la légère, plus récente, destinée à un public jeune.
  • Port Royal — la pilsner des Caraïbes honduriennes, dont la production a été arrêtée en 2023.

Ces marques sont produites par la Cervecería Hondureña, filiale d'AB InBev depuis octobre 2016.

Les bières du Nicaragua

  • Toña — lager à 4,6 % lancée en 1977, aujourd'hui la plus populaire du pays et l'une des rares bières d'Amérique centrale largement exportée.
  • Victoria — la doyenne, pilsner à 4,9 %, marque historique déclinée en Clásica, Light et Frost.

Les deux cohabitent désormais chez le même brasseur, la Compañía Cervecera de Nicaragua, fondée le 18 mars 1926 ; elles étaient rivales jusqu'à la fusion de 1996.

Les bières du Costa Rica

  • Imperial — créée en 1924 ; son aigle est devenu un motif de tee-shirt et un symbole national, au point qu'on la surnomme simplement la Águila.
  • Pilsen — la plus amère et la plus corsée des grandes marques du pays.
  • Bavaria, Rock Ice — respectivement la premium et la légère de la gamme.

Elles sortent de la Cervecería de Costa Rica, division de Florida Ice & Farm Company (FIFCO), entreprise née en 1908 à La Florida de Siquirres. Le pays est aussi l'un des plus dynamiques du continent sur l'artisanal, avec environ 200 microbrasseries recensées en 2022.

Les bières du Panama

  • Atlas et Balboa — les deux grandes marques de la Cervecería Nacional, passée sous contrôle d'AB InBev en 2016. Balboa porte le nom du conquistador qui atteignit le Pacifique.
  • Soberana, Panamá, Cristal — le camp d'en face : les Cervecerías Barú-Panamá, fondées en 1959 à David, dans la province de Chiriquí, et rachetées par Heineken en 2002.
  • La Rana Dorada, Casa Bruja — les artisanales de Panama City, faciles à trouver dans le Casco Viejo.

C'est, rappelons-le, le pays qui boit le plus de bière d'Amérique latine.

La vague artisanale : la cerveza artesanal

Depuis les années 2000, une scène artisanale s'est installée partout, d'abord comme réaction au goût très uniforme des lagers industrielles. Elle est allée jusqu'à produire le premier style de bière officiellement reconnu du continent : la Catharina Sour. Défini en 2015 lors d'un atelier réunissant brasseurs amateurs et professionnels de l'État de Santa Catarina, dans le sud du Brésil, ce style — une Berliner Weisse acidulée par voie bactérienne puis additionnée de fruits frais (goyave, pêche, fruit de la passion, mangue, araçá...) — figure depuis à l'annexe des styles régionaux du BJCP, l'organisme américain de référence pour la classification des bières.

Cette scène a ses pôles reconnus. En Argentine, Mar del Plata s'est imposée comme la capitale nationale de l'artisanal : la première brasserie du genre, Antares, y ouvre en 1998, et la ville concentre aujourd'hui environ un tiers de la production artisanale du pays — sur un total d'environ 4 000 microbrasseries recensées dans le pays en 2019. Au Mexique, c'est la Basse-Californie — Tijuana, Ensenada, Mexicali — qui a vu naître Cucapá, première bière artisanale du pays, en 2002 ; l'État compte aujourd'hui plus de 200 microbrasseries. Au Chili, Valparaíso, ville portuaire d'immigration britannique et allemande, réunit des dizaines de brasseries indépendantes et anime depuis 2013 son propre festival, Valpobier. Le Costa Rica compte quant à lui environ 200 microbrasseries, et le Brésil a vu naître sa première brasserie artisanale, DaDo Bier, en 1995.

L'intérêt de cette vague, pour un amateur, tient moins aux IPA — que l'on trouve partout dans le monde — qu'aux ingrédients locaux qu'elle a remis en jeu : maïs violet péruvien, baie de calafate de Patagonie, cacao, café, fruits tropicaux, piments fumés, panela. C'est là que la bière latino-américaine cesse d'être une lager européenne délocalisée pour devenir quelque chose de local.

Les grands groupes industriels ont emprunté une partie de cette idée, à une tout autre échelle. Au Brésil, Ambev brasse depuis 2018 une gamme de bières régionales à base de matières premières agricoles locales plutôt que de malt importé : la Magnífica, dans l'État du Maranhão, est fabriquée avec du manioc cultivé par plusieurs centaines de familles de petits producteurs de la région du Baixo Parnaíba ; la Nossa, au Pernambouc, suit la même logique. L'objectif affiché est autant économique — réduire la dépendance au malt importé — que social, en créant un débouché pour l'agriculture familiale locale.

Les grands festivals de la bière

L'héritage de l'immigration allemande, alsacienne et suisse ne s'arrête pas aux brasseries : il se prolonge dans deux fêtes populaires qui comptent parmi les plus grandes du monde. Au Brésil, l'Oktoberfest de Blumenau (Santa Catarina) est née en 1984 pour relancer le moral et l'économie de la ville après une crue dévastatrice du fleuve Itajaí-Açu. Dix-huit jours de fête au Parque Vila Germânica, entre 600 000 et 700 000 visiteurs selon les éditions : c'est la deuxième plus grande fête de la bière au monde après celle de Munich, et la plus grande des Amériques.

En Argentine, Villa General Belgrano, petite ville de la province de Córdoba fondée par des colons allemands, autrichiens et suisses, célèbre depuis 1964 sa Fiesta Nacional de la Cerveza — la troisième Oktoberfest du monde par la fréquentation, derrière Munich et Blumenau. Chaque octobre, ce village d'environ 8 000 habitants accueille jusqu'à 150 000 visiteurs, qui y consomment environ 200 000 litres de bière en une quinzaine de jours.

Comment on boit la bière en Amérique latine

  • La michelada (Mexique) — bière blonde, jus de citron vert, sel sur le bord du verre, puis sauce Maggi, sauce anglaise, Tajín, chamoy, piment, et souvent du jus de tomate épicé ou du Clamato. La chelada, elle, s'en tient à la bière, au citron, à la glace et au sel. L'origine du nom est disputée : on l'attribue soit à un certain Michel Ésper, dans un club sportif de San Luis Potosí dans les années 1960, soit à la contraction de mi chela helada, « ma bière glacée ».
  • Le refajo (Colombie) — moitié bière, moitié soda rouge (Colombiana ou Kola Román). Connu dès la fin du XIXe siècle, il apparaît dans la publicité bogotaine dès 1911 et descend du shandy britannique. En 2006, il a été proposé comme symbole culturel de la Colombie.
  • La malta con huevo (Chili) — un fouetté à la malta, une bière brune de style Schwarzbier brassée au Chili depuis la fin du XIXe siècle (la plus connue, la Malta Morenita de la CCU, titre autour de 5 %), mixée avec un œuf cru et du sucre. On lui prêtait autrefois des vertus fortifiantes pour les nourrices et les convalescents — une croyance d'une autre époque : la boisson reste bel et bien une bière alcoolisée.
  • Le chopp (Brésil) — la pression non pasteurisée, servie en petits verres constamment renouvelés, avec deux doigts de mousse ; commander un chopp et commander une cerveja ne sont pas la même chose.
  • La bouteille partagée — en Bolivie, au Pérou ou au Paraguay, la grande bouteille circule et l'on se sert à tour de rôle, parfois dans un seul verre que l'on vide avant de le passer au suivant. Refuser son tour se remarque.

Questions fréquentes sur les bières latino-américaines

Quelle est la bière la plus vendue d'Amérique latine ?

En volume, ce sont les marques brésiliennes du groupe Ambev — Skol, Brahma, Antarctica — qui dominent, le Brésil étant le troisième marché mondial de la bière. À l'international, c'est Corona qui porte le plus loin l'image de la bière latino-américaine : le Mexique était en 2022 le premier exportateur mondial de bière.

Quelle bière rapporter d'un voyage ?

Les grandes lagers industrielles voyagent mal et se trouvent souvent en Europe. Privilégiez ce qui n'est pas exporté : une Cusqueña au maïs violet, une Austral Calafate de Patagonie, une Moza guatémaltèque, ou une artisanale locale à base d'ingrédients du pays.

Peut-on boire de la bière avec de la cuisine latino-américaine ?

C'est même l'accord le plus courant sur place. Une blonde légère et très fraîche accompagne les fritures, les antojitos et les grillades ; une ambrée ou une brune de style viennois — Negra Modelo, Moza, Bohemia Obscura — tient tête aux plats en sauce longuement mijotés comme le mole ou l'asado negro. Chaque recette du site propose d'ailleurs un accord boisson, avec et sans alcool.

La chicha est-elle une bière ?

Techniquement oui : la chicha de jora est une bière de maïs, obtenue par maltage, empâtage et fermentation, exactement comme une bière d'orge. Le pulque mexicain, lui, n'en est pas une : c'est de la sève d'agave fermentée.

Quels sont les plus grands festivals de la bière en Amérique latine ?

Les deux plus importants descendent directement de l'immigration allemande du XIXe siècle. L'Oktoberfest de Blumenau, au Brésil, née en 1984 pour relancer la ville après une inondation, réunit chaque année entre 600 000 et 700 000 visiteurs : c'est la deuxième plus grande fête de la bière au monde après celle de Munich. En Argentine, la Fiesta Nacional de la Cerveza de Villa General Belgrano se tient depuis 1964 et attire jusqu'à 150 000 visiteurs, ce qui en fait la troisième Oktoberfest mondiale par la fréquentation.

Pour aller plus loin